Un an après, les partisans d’Erdoğan racontent la nuit où ils ont failli perdre le pouvoir

Erdoğan s’apprête à commémorer les un an du coup d’État raté I ADEM ALTAN / AFP

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Le 15 juillet 2016 avortait une tentative de coup d’État visant à renverser le Président turc. Ses partisans narrent à Slate cette soirée où ils sont descendus dans les rues défendre leur leader, parfois au péril de leur vie.

Istanbul

Sur son smartphone de dernière génération, Erhan reconstitue les événements du 15 juillet 2016 en recherchant les vidéos amateurs reçues et publiées ce soir-là. «Ici, c’était près de la préfecture centrale d’Istanbul à Vatan. Regardez le sol est couvert de sang. Rien qu’ici 16 personnes ont été tuées par les putschistes».

À l’écran, un groupe d’hommes se cache derrière le couvert d’un véhicule blindé de police, tandis que tout près, des coups de feu éclatent autour d’un bâtiment plongé dans les ténèbres. L’un d’entre eux brandi une arme de poing et fait feu un peu au hasard, vers les positions supposées des militaires rebelles. Après quelques minutes, la bande hétérogène de policiers et de civils avance en criant épisodiquement : «Il n’y a de Dieu qu’Allah. Dieu est grand.»

«Je ne pouvais pas en croire mes oreilles»

Le 15 juillet 2016, Erhan est pris de court. En rentrant du travail ce soir-là, ce commerçant propriétaire d’une boutique dans les ruelles marchandes du quartier historique d’Eminönü, derrière le bazar égyptien, est préoccupé par son fils, malade et fiévreux. Levant les yeux de son téléphone il raconte:

«Quand un ami m’a appelé au milieu de la soirée pour me prévenir qu’il se passait quelque chose d’anormal, qu’on parlait de coup d’État, je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Je lui ai même dit que c’était impossible!»

La quarantaine, le crâne rasé et la barbe taillée en pointe, le père de famille est un partisan de toujours du président Recep Tayyip Erdoğan. «En 1998, j’étais déjà présent au rassemblement de soutien lors de sa condamnation à une peine de prison. En 2013, quand il a atterri à Istanbul pendant les événements de Gezi Parc, j’étais dans la foule à l’aéroport pour l’accueillir.»

Mais il y a un an, il reste sonné devant sa télé quand défilent les images des militaires déployés dans Istanbul. La confusion règne, les supporters de l’AKP, la formation d’Erdoğan, sont désemparés.

Une interview décisive

À minuit et demi, la chaîne CNN Turk réussit à joindre Erdoğan par Facetime. Le Président condamne la tentative de putsch et appelle son peuple à sortir dans les rues pour faire face aux troupes de la junte.

«Ma femme ne voulait pas que je sorte, parce que c’était dangereux, mais pour moi il était hors de question de rester enfermé chez nous, témoigne Erhan. Je pensais que si nous ne sortions pas ce soir-là, nous nous retrouverions dès le lendemain dans un pays où il ne serait plus possible non seulement de sortir dans les rues mais simplement de vivre.»

Dans son quartier de Zeytinburnu, grand district densément peuplé de la rive européen d’Istanbul, les rues sont pleines de monde. On y croise surtout des hommes, occupés à faire des provisions de nourriture, d’eau et d’essence dans les derniers magasins ouverts. Quelques autresm à l’image d’Erhan, s’organisent pour contrecarrer la tentative de renversement de l’ordre étatique. Au-dessus d’euxm à basse altitude, les chasseurs de l’armée de l’air turque patrouillent, de l’aéroport Atatürk aux ponts du Bosphore.

«Le bruit des avions était tellement violent quand ils brisaient le mur du son, que nous croyions tous à un bombardement. Finalement, aucun missile n’a été tiré dans notre zone», explique le commerçant. Dans son quartier, le premier réflexe des loyalistes descendus dans les rues est de bloquer les accès de la caserne du district au moyen de camions et d’engins de chantier. La résistance au putsch prend forme.

«S’ils prennent le pouvoir, ils vont tous nous pendre»

Ailleurs, dans la ville de Tekirdağ en Thrace, au nord-ouest d’Istanbul, Mehmet, 25 ans, est toujours devant la porte de l’usine où il est ingénieur et dans laquelle il aurait dû commencer son service de nuit il y a déjà une heure. Encarté à l’AKP, il a reçu des messages de son organisation politique pour appeler à rallier les groupes encadrés par le parti à Tekirdağ. Son entreprise met finalement à la disposition des travailleurs venus malgré les événements un bus pour rejoindre la ville et prêter main forte à la police contre les militaires.

C’est sa mère qui l’a prévenu de ce qu’il se passait un peu plus tôt dans la soirée. Habitante du quartier d’Üsküdar, sur la rive asiatique d’Istanbul, près du premier pont enjambant le Bosphore, elle est paniquée. «S’ils prennent le pouvoir, ils vont tous nous pendre», dit-elle à son fils. La famille, religieuse et conservatrice, originaire de la ville de Trabzon sur la mer noire, est le foyer typique de supporters du Président turc. Son mari a déjà quitté leur domicile pour rejoindre les groupes de militants de la zone, après avoir fait ce qu’il pense pouvoir être sa dernière prière. Cette nuit-là, les combats feront plus de 260 morts parmi les civils.

Commémorer une épopée fondatrice

Sur le fronton de la mairie d’Istanbul à Fatih une grande affiche annonce fièrement: «la souveraineté appartient au peuple». Dans ce fief historique de l’islamisme politique turc, sous l’influence des religieux ayant accompagné la conquête de Constantinople depuis 1453, on termine sous la chaleur écrasante de juillet les derniers préparatifs des commémorations de la «défense de la démocratie», le récit officiel de cette nuit.

En turc, en anglais et en arabe, il est écrit sur le bâtiment politico-administratif que la nation célèbre ses martyrs et les remercie pour leur sacrifice victorieux. Leurs photos recouvrent déjà une partie de la façade. Tendus au-dessus de la place et des avenues attenantes à la mairie, des dizaines et des dizaines de drapeaux turcs annoncent l’importance de l’événement, qui se veut une nouvelle date fondatrice de l’Histoire de la Turquie.

À la télévision, ce sont de cours spots que l’État diffuse tout au long de la journée qui raconte brièvement la vie de ceux tombé dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016. Partout dans Istanbul des affiches annoncent la commémoration de «l’épopée du 15 juillet».

«En dix minutes, on a monté des barricades»

Özgur est lui aussi commerçant, habitant du quartier d’Alibeyköy. Le petit homme entre deux âges, habillé simplement, se souvient:

«Ce soir-là, après l’appel du président, nous ne sommes pas posé de questions. C’était comme une évidence. J’ai appelé ma femme à Bursa, j’ai demandé pardon pour mes péchés et fais mes dernières prières puis je suis sorti dans la rue».

«Il s’est passé quelque chose d’étrange. En dix minutes, on a monté des barricades à partir de rien, on a entraîné derrière nous les policiers terrés dans leur commissariat par peur des soldats, nous nous sommes retrouvés sur les chars avant même d’avoir compris les risques que nous prenions. Même avec de l’argent, on n’aurait pas réussi à faire descendre autant de monde dans les rues. Dieu nous est venu en aide pour nous donner de la force et du courage», pense-t-il tout haut, les yeux dans le vague.

Pour lui, il est peu probable qu’à l’avenir un nouveau coup d’état renverse un gouvernement en Turquie. L’expérience du 15 juillet 2016 est censée avoir mis un coup d’arrêt à cette pratique. «Notre président a donné une telle confiance au peuple qu’il trouvera désormais toujours les ressources pour défendre la démocratie. Les gens sont prêts à se sacrifier ici, rien ne sera plus comme avant», affirme Özgür d’un ton déterminé.

«Le peuple est avec toi»

Après être passé par la préfecture centrale d’Istanbul cette nuit du 15 juillet, Erhan, le négociant d’Eminönü, décide de se rendre à l’aéroport international Atatürk, un des lieux d’importance ciblé par les militaires rebelles. À ce moment-là, il faut se rappeler qu’il est très difficile de se connecter à internet à Istanbul. Ce n’est que par la radio de sa voiture qu’il apprend que l’aéroport passe sous le contrôle des loyalistes. Bloqué sur la route de l’aéroport, il abandonne sa voiture et marche avec ses compagnons les derniers kilomètres qui l’en séparent.

«Personne n’était encore sûr de l’arrivée du président, relate Erhan, mais tous ensemble nous scandions: “Sois fort! Ne plie pas! Le peuple est avec toi!”».

Ce message, le président Erdogan l’a bien entendu. Au lendemain du putsch raté, il enjoint son peuple à ne pas quitter les rues. Pendant une vingtaine de jours, Erhan prend tous les soirs avec ses amis son tour de garde dans la «mobilisation pour la démocratie». Puis viennent l’État d’urgence et les purges.

Le «nettoyage» de la société turque n’est pas terminé

Pour Mehmet, l’ingénieur de Tekirdağ, ce qu’il s’est passé depuis un an relève de la bénédiction annoncée par le président turc à son arrivée à l’aéroport lors de la nuit du coup.

«Tous les secteurs de la société infestés par FETÖ [Organisation terroriste des partisans de Gülen, l’acronyme utilisé officiellement en Turquie pour décrire l’organisation du prédicateur en exil accusé d’avoir fomenté le putsch, ndlr], le PKK et les terroristes de gauche sont en cours de nettoyage et on les remplace par de vrais patriotes, c’est très bien», estime-il.

«Pour moi, l’État d’urgence pourrait durer dix ans, ça ne poserait pas de problème si c’est utile pour la nation, explique Erhan. La police, l’armée, la justice, la fonction publique, l’éducation et la banque ont été nettoyés des putschistes. Mais je ne peux pas m’empêcher d’être en colère quand je vois que notre parti l’AKP n’a pas encore été nettoyé. Heureusement que notre président a repris les rênes de notre organisation depuis le référendum. Je veux que les hommes de Gülen dans notre parti payent eux aussi le prix fort pour leur complot contre la nation», prévient-il.

Prêt à redescendre dans les rues s’il le fallait à nouveau, il ira la semaine prochaine aux cérémonies religieuses pour honorer la mémoire des martyrs de sa cause.

En Turquie, la jeune communauté LGBT se bat pour «continuer d’exister»

 OZAN KOSE / AFP

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, mis à jour le 23.06.2017 à 16 h 04

La marche des fiertés d’Istanbul risque, comme ces deux dernières années, de ne pas être autorisée. Un recul des droits et de la visibilité que subit de plein fouet une jeunesse pas résignée.

ISTANBUL, TURQUIE

À Istanbul, tous les activistes LGBT se souviennent de la marche des fiertés de juin 2013. La pride d’Istanbul, pour sa dixième édition, avait atteint un record de participation avec plusieurs centaines de milliers de manifestants. «Je défilais pour ma première pride, je n’ai pas de mots pour la raconter, c’était simplement génial», se remémore Dîlan Yilmaz, étudiante en sport, jeune militante féministe et lesbienne de 24 ans, au nez percé et aux cheveux bouclés coupés courts. Elle assiste alors à l’apogée du mouvement LGBT turc.

Car la marche de juin 2013 est d’abord l’aboutissement d’un travail militant mené sur deux décennies. Après dix ans de batailles avec les autorités municipales et d’organisations d’une «semaine de la fierté» à la fin de chaque mois de juin depuis 1993, le mouvement LGBT d’Istanbul réussi à défiler pour la première fois, en 2003, sous le gouvernement de l’AKP –le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdoğan. À l’époque, ils ne sont à peine qu’une trentaine de manifestants.

«La période a été dure pour les pionniers du mouvement en Turquie. C’est grâce à eux que notre génération a eu plus d’espace pour s’affirmer, que nous hésitons moins. Nous leur devons d’avoir ouvert la route», reconnaît Dîlan Yilmaz.

Mais 2013 est aussi un passage de flambeau, à une jeune génération de stambouliotes qui, comme Dîlan, résiste à la police, occupe la place Taksim et le quartier de Beyoğlu, bref s’oppose dans les rues à la politique du gouvernement Erdoğan. C’est le mouvement de Gezi Park. En pleine fièvre contestataire, les organisations LGBT s’affichent et militent, participent à l’occupation de la place Taksim.

La pride de la fin juin 2013 devient une date sur le calendrier protestataire de Gezi et finit par rassembler plus largement que la communauté LGBT, toute une frange de la jeunesse mobilisée d’Istanbul. Le centre-ville vibre, recouvert par les couleurs de l’arc-en-ciel. Et la marche des fiertés 2013 reste dans les mémoires comme un événement fondateur pour toute une nouvelle génération d’activistes LGBT, très jeune, surtout présente dans les facultés des grandes villes de l’Ouest de la Turquie.

Un mouvement brisé dans son élan

Dans un café du quartier étudiant Besiktas, Uğur lit le communiqué que son organisation, Cins Ari, le club LGBTI+ de l’université Technique d’Istanbul (ITÜ), a publié quelques jours plus tôt:

«Ni l’État d’urgence, ni la présidence de l’université ne nous empêcheront d’être fiers d’être LGBTI. […] Nous continuerons d’exister!»

Le 8 mai dernier, les étudiants de l’ITÜ voulaient organiser une Pride sur leur campus. C’était sans compter la présidence de l’université, qui n’a pas laissé les jeunes activistes se rassembler. Pour Uğur, 23 ans, étudiant en communication passionné de haute couture, gay, arborant une courte barbe: «La reconnaissance des droits des personnes LGBTI est meilleure chez les jeunes et les étudiants que partout ailleurs dans la société turque.» Par cette interdiction, c’est l’existence même d’étudiants lesbiennes, gays, bisexuels ou trans que leur université veut nier.

Depuis Gezi, la situation a radicalement changée. «En quatre ans, j’ai l’impression que nous avons perdu plusieurs décennies de timides avancées et de droits», estime Dîlan. Fin juin 2015, la tension monte. Les résultats des élections législatives n’apportent pas une majorité absolue au parti du président Erdoğan. Le HDP, le Parti de la Démocratie des Peuples, génère l’espoir chez les kurdes comme à gauche et dans la génération de Gezi par son entrée au parlement. Son programme reprend ouvertement de nombreuses revendications du mouvement LGBT.

«Il n’y a pas de justice pour les LGBT»

C’est dans ce contexte que la pride d’Istanbul est soudainement réprimée. Les canons à eau de la police et le gaz lacrymogène dispersent pour la première fois depuis 2003 la marche des fiertés. «L’année dernière, à cause de la police et de l’interdiction de manifester, nous nous sommes seulement rassemblés par petits groupe un peu partout dans le centre, mais nous n’avons pas défilé», regrette Uğur. L’édition 2016 de la marche des fiertés avait en effet été interdite en amont par le gouvernorat d’Istanbul, au prétexte du maintien de «l’ordre public». Si la marche a lieu cette année l’étudiant en communication a peur qu’elle soit attaquée par la police mais aussi par des homophobes: 

«Ils sont plus violents, ils se sentent protégés par l’État. Il n’y a quasiment aucune condamnation des agressions contre les personnes LGBT en justice.»

Deniz, sa camarade à l’université, lesbienne et militante de différents collectifs LGBT d’Istanbul confirme:

«Depuis deux ans, je suis le cas du viol collectif de Kemal Ördek, une militante trans et travailleuse du sexe, et ça n’avance pas. Ses agresseurs sont toujours libres. C’est comme ça la plupart du temps, il n’y a pas de justice pour les LGBT.» 

L’étudiante exprime pourtant un sentiment répandu parmi les activistes: «Il faut que nous reprenions la rue cette année, nous ne pouvons pas céder. Derrière l’interdiction de la pride, c’est notre existence même qu’ils veulent interdire.» Derrière l’esprit de résistance, l’inquiétude est bien présente: «Depuis le référendum il n’y a plus aucune limite au pouvoir d’Erdoğan, on doit se préparer au pire. Et puis depuis 2015, tout le monde a peur des attentats dans les manifestations. On y pense à chaque fois», admet-elle.

Difficile évolution des mentalités

Une bonne partie de la jeunesse des lycées et des facs turques, très connectée, est influencée par les petites révolutions de la représentation des personnes LGBT dans la pop-culture anglo-saxonne. «Le monde change, nous aussi», veut croire Uğur, pour qui, de l’icône de la musique pop américaine Lady Gaga à la série de Netflix Sense 8, le web a ouvert des centaines de brèches dans les valeurs hétéro-patriarcales du conservatisme turc. Alors que les séries télé turques, si prisées, n’offraient aucune place à la diversité sexuelle, la série Fi, uniquement diffusée sur internet et échappant plus facilement à la censure, met en scène un personnage de lesbienne. De fragiles changements dans un environnement hostile.

Deniz a les cheveux blonds et les yeux bleus très clairs de sa mère, d’origine russe. «Elle pense que je vais brûler en enfer parce que je suis lesbienne, en ça elle est bien d’accord avec le reste de ma famille côté turc», confie-t-elle. Ce n’est pas le cas pour Uğur dont le père arménien et la mère alévie, la plus importante minorité confessionnelle de Turquie, sont de gauche. Ses parents ne remettent pas  en cause son orientation sexuelle, «ils sont seulement inquiets pour moi à cause de la violence des agressions homophobes», explique-t-il.

Mais même à gauche, la reconnaissance des droits des personnes LGBT n’est pas toujours acquise. Dîlan, qui fait remarquer avec un humour noir qu’elle incarne «tout ce que l’État turc déteste», est à la fois féministe, vegan, lesbienne, kurde et d’une famille alévie. Pour autant, plus jeune, elle n’a pas trouvé la compréhension et le soutien nécessaire chez ses parents malgré leur engagement socialiste.

«Adolescente, je souffrais et j’étais isolée. La politique a été ma thérapie, elle m’a ramené à la vie. Je veux être heureuse, amoureuse et sexuellement libre. Pour tout ça, je dois militer, affirme-elle. Nous sommes dans une période étouffante, à cause de la reprise de la guerre contre les kurdes, de l’État d’urgence. La cause des femmes, des lesbiennes sont oubliées, remis à plus tard. Nous ne sommes pas à l’agenda politique.»

Elle et ses camarades, se retrouvent toutes les deux semaines dans un collectif non-mixte, pour débattre, se soutenir et «simplement se rappeler notre existence à nous-même, ne pas devenir invisible»«Militer ici, ça commence par ne pas se cacher. Agir en couple en public si l’on en a envie, s’assumer. Il y a tout à faire», renchérit Deniz.

Quelles perspectives politiques?

Face au recul des droits des personnes LGBT, les activistes sont partagés sur l’existence d’une réponse politique. Mert a 22 ans, étudiant en médecine, originaire de la ville d’Izmir, il est gay et modère les débats hebdomadaires de SPOD, l’Association d’étude des politiques sociales de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle. De son propre aveu, il fait partie d’une génération qui n’a connu que l’AKP au pouvoir:

«Je pense qu’il faut que nous puissions discuter entre nous quelques soit nos différences politiques, hormis peut-être avec le pseudo collectif LGBT de l’AKP!»

L’association Cins Ari accueille les opinions de tous bords, tant qu’ils n’empiètent pas sur la cohésion du groupe. «Nous avons mêmes une bisexuelle musulmane voilée. Chez nous, tous et toutes sont les bienvenus, explique Uğur, avant d’admettre: “Moi, je vote pour le CHP [le Parti Républicain du Peuple, opposition kémaliste, ndlr]. Ici à Istanbul, dans les mairies des arrondissements de Sisli et Besiktas, ils ont des initiatives pour les LGBT, avec des permanences de dépistage du VIH par exemple. Le CHP avait aussi investi une candidate transgenre aux dernières législatives qui, bien entendu, n’a pas été élue! Mais c’est vrai que la plupart des activistes soutiennent plutôt le HDP”.» 

Mais le parti de la gauche et du mouvement kurde affaibli, les perspectives politiques s’étiolent. «Je voterai pour l’organisation qui défendra la visibilité et l’existence des lesbiennes», lâche Dîlan, amère. Deniz ne croit pas franchement dans le processus électoral, déjà mis à mal en Turquie et avoue: «Je n’arrive pas à imaginer voir l’égalité de mon vivant.»

Rester ou partir?

Nombre de personnes LGBT sont partagées entre l’envie de quitter la Turquie si l’occasion se présente, et la volonté de résister pour faire changer leur pays. Selda, dont le prénom a été modifié à sa demande, pense à s’exiler. Étudiante en journalisme, lesbienne, elle ne peut pas afficher ouvertement son orientation sexuelle pour se garantir un avenir professionnel. «Je veux quitter le Moyen-Orient. Je ne pourrais pas toujours me cacher, je veux pouvoir un jour fonder une famille et adopter», témoigne-elle.

Kübra, sa copine, partage son projet de départ. «C’est sans doute nécessaire qu’il y ait des militants. Mais moi, je veux une vie normale, c’est déjà assez dur avec ma famille. Les manifestations ne mèneront nulle part. Nous ne changerons pas la Turquie, ses hommes sexistes et homophobes, violents, la peur du qu’en-dira-t-on. Je veux chercher ma liberté ailleurs», affirme-t-elle.

Si cette tentation de l’exil est aussi présente dans un coin de la tête de la plupart des jeunes activistes, Deniz a quant à elle tranché la question: «Je reste. Je ne pourrais pas aller mieux en Amérique ou en Europe de l’Ouest en sachant ce qu’il se passe en Turquie. Et puis, il y a de plus en plus de jeunes qui s’assument, qui rejoignent et fondent des groupes LGBT malgré les risques. C’est avec eux que je veux défendre notre vie ici, comme nous l’entendons.»

La Turquie face à la peur, aux purges et à la répression

Des sympathisants du Parti Démocratique des Peuples (HDP) en faveur du «non» («Hayir» en turc) manifestent à Istanbul, le 8 avril 2017 | YASIN AKGUL / AFP

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Ariane Bonzon et Timour Öztürk, mis à jour le 14.04.2017 à 10 h 16

Le référendum organisé ce dimanche 16 avril en Turquie doit donner plus de pouvoir au président Recep Tayyip Erdogan. ​Des partisans du non ​n’excluent pas une nouvelle vague de répression quelque soit le résultat. Rencontres à Istanbul.

ISTANBUL, TURQUIE

Malgré la répression, les purges et la peur, pas question pour les partisans du «non» les plus politisés, d’abandonner l’avenue Istiklal, l’artère centrale du vieil Istanbul, aux supporters du «oui» qui soutiennent le président Erdogan. 

Devant le stand du Parti Démocratique des Peuples (HDP, de gauche, turc et autonomiste kurde), une trentaine de personnes dansent un Halay, la ronde traditionnelle d’Anatolie. A coups de klaxon, une voiture de police les somme de s’écarter pour lui laisser le passage. Talkie-walkie à la ceinture, les agents en uniforme et en civil sont nombreux. Ils se rapprochent et scrutent, hésitant apparemment à intervenir, lorsque les activistes du HDP répondent aux questions des journalistes.

 «Ils viennent tous les jours sur notre stand pour nous empêcher de défendre nos idées, embarquent régulièrement nos jeunes qui tractent et les gardent à vue une nuit ou 48h, c’est du harcèlement», s’indigne Meral Çildir, militante turco-kurde d’une cinquantaine d’années.

 

Depuis les années 1980, celle-ci a été successivement membre de toutes les structures légales plus ou moins proches du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, en guerre contre l’État turc depuis 1984). Elle ne compte plus le nombre de camarades emprisonnés ces derniers mois. Pourtant Meral Çildir tient à rappeler que les partisans du mouvement national kurde et de la gauche turque ont toujours connu les rafles de militants, les exécutions et les disparitions. Pour le mouvement social en Turquie, il en est ainsi de mémoire militante: «Nous continuerons à résister comme nous l’avons toujours fait», prétend Meral Çildir.

Mais elle considère que l’espoir et l’adhésion suscités par le HDP à partir de 2014, et jusqu’à son résultat électoral historique du 7 juin 2015 (80 sièges, mais 59 au scrutin suivant en novembre 2015), est complètement retombé.

«Oui les gens ont peur. Ils ont peur des attentats contre les meetings, peur des arrestations, peur de donner leur opinion, concède Meral Çildir. Les moins aguerris d’entre nous, ceux qui nous avaient rejoints récemment, les gens qui pensent que le HDP porte une responsabilité dans la reprise des combats au Kurdistan sont partis.»

Dans le noyau dur, majoritairement kurde, du HDP, dont fait partie notre interlocutrice, la détermination reste intacte, et la résilience à la répression politique importante. «La colère couve, il n’y qu’à voir le nombre de personnes qui ont célébré le Newroz, le nouvel an kurde, à Diyarbakir (la grande ville kurde du sud-est du pays) il y a quelques jours. Nous ne nous arrêterons jamais de défendre notre cause», prévient Meral Çildir pour laquelle ce qui se joue dimanche est un choix politique fondamental pour l’avenir. 

Le siège stambouliote du HDP est établi dans le quartier populaire de Tarlabaşı, dont les Grecs furent expulsés en 1964 pour être remplacés par les migrants kurdes. Haluk Ağabeyoğlu, courte barbe blanche et lunettes suspendues autour du cou, est chargé de répartir les assesseurs du parti dans les bureaux de vote de la mégapole pour surveiller le scrutin. Son téléphone ne cesse de sonner. Malgré une fatigue évidente, il doit répondre: à quelques jours du vote, il lui manque encore de nombreux volontaires, signe d’une certaine peur et démobilisation.

La répression n’est pas nouvelle

Dans le bureau, le mobilier est réduit au minimum, une table, deux chaises. Des classeurs au nom des dizaines de quartiers d’Istanbul s’entassent sur toutes les étagères. Les locaux, comme de nombreuses antennes du parti, ont été saccagés à plusieurs reprises depuis un an. «C’est toujours le même mode opératoire, la police intervient au beau milieu de la nuit, fracture la porte, et, en fait de perquisition, dévaste nos bureaux», explique calmement Haluk. Comme Meral Çildir, ce sexagénaire qui milite depuis ses 16 ans, précise que la répression n’est pas nouvelle. Sa plus récente détention date d’octobre 2015, durant la campagne des législatives.

«Toutes arrestations confondues, en comptant les gardes-à-vues, nous en sommes sans doute à près de 10.000 militants HDP interpellés depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016 et l’instauration de l’Etat d’urgence.»

«D’autres partis ne s’en relèveraient pas, si cela arrivait à l’AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir depuis 2002), ce serait la déroute, mais nous quand on nous attaque, nous revenons plus nombreux», estime Haluk Ağabeyoğlu. Derrière cette confiance affichée, la répression handicape le parti: une dizaine de députés du HDP dont ses deux co-dirigeants, Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, sont derrière les barreaux. De quoi ajouter à l’inéquité de la campagne électorale. Placés à l’isolement, c’est essentiellement par l’intermédiaire de leurs avocats qu’est maintenu un contact avec l’extérieur. «L’État d’urgence a aggravé la situation, la police peut détenir nos militants jusqu’à 15 jours en garde-à-vue, sans contact avec leurs avocats et leurs familles», déplore Haluk.

La femme d’un militaire emprisonné brise le tabou

Esra Er, 27 ans, n’a rien à voir avec la mouvance kurde de gauche. Turque, issue d’un milieu plutôt modeste, pratiquante mais non voilée, elle a été à l’université mais n’a jamais adhéré à un parti politique. Pourtant, elle aussi a décidé de braver la peur, afin de dénoncer ce qu’elle vit. Son mari, militaire, a été arrêté dans le cadre d’une enquête sur son appartenance à la mouvance güleniste, explique-t-elle, au domicile de sa belle-famille dans le quartier de Gaziosmanpaşa: «Je n’ai plus de contact avec ma propre famille qui a voulu que je divorce à la suite de cette arrestation, mais j’ai refusé».  

Le district est l’un des fiefs de l’AKP, où les affiches et drapeaux à l’effigie du président Erdoğan sont partout visibles. Samet Er, sous-officier de marine, dix ans de service, a été incarcéré le 28 janvier dernier à la prison de Silivri, en lointaine banlieue d’Istanbul. Anciennement en poste dans la capitale Ankara, il était revenu vivre dans son quartier natal avec sa femme et leurs deux jeunes fils après avoir été expulsé de l’armée, le 22 novembre 2016. Comme plus de 4500 officiers et sous-officiers de l’armée turque, il est suspecté d’avoir participé au coup d’État du 15 juillet 2016 contre le gouvernement turc.

Mais, ce jour-là, Samet Er ne pouvait pas prendre part à la tentative de putsch, déclare sa femme, car il était à ses côtés et ceux de son fils, Halim, né la veille et atteint du syndrome de Pierre-Robin, une importante malformation qui a valu une vingtaine de jours de soins hospitaliers au nourrisson.

Tandis qu’Esra Er raconte son histoire, dans la rue les appels à voter «oui», diffusés à plein volume par des voitures du parti présidentiel, font vibrer les vitres du salon. «Les gens dans mon cas sont très nombreux, si je dois être la première à parler, je ne serai sans doute pas la dernière», affirme Esra, qui explique avoir longtemps eu peur de raconter son histoire à la presse.  

«J’ai été au plus bas, les policiers sont venus chercher mon mari ici-même. Depuis, je n’ai plus de passeport, je ne peux pas travailler et l’assurance médicale de mes enfants a été coupé», énumère la jeune mère dont le cadet a encore besoin de soins réguliers et de multiples opérations.

Le bébé de 9 mois est allongé sur un tapis de sol dans le salon, et gigote sagement. Il n’est jamais loin de sa mère qui garde un œil sur lui. «Mes enfants n’ont pas le droit à la sécurité sociale des moins de 18 ans, on me refuse aussi l’assurance des familles de détenus, je me suis plainte à la préfecture de ce régime d’exception», assure Esra Er. En vain. Pis, dit-elle: lorsqu’elle a raconté son histoire, en larmes, au personnel médical de l’hôpital de Şişli à Istanbul, à peine avait-elle évoqué la situation de son mari qu’elle était priée de quitter les lieux avec son fils. «Même si mon mari était reconnu coupable, mes enfants ne mériteraient pas ça», lâche-elle. Sa belle-mère en veut aussi à l’armée: 

«Mon fils est entré dans l’armée à l’âge de 19 ans, j’ai confié mon fils à l’Etat, si c’est dans une école militaire qu’il a pu faire de mauvaises rencontres, c’est de la faute de l’administration».

En résistance aux côtés des détenus

Le 6 avril, des dizaines d’avocats étaient rassemblés devant le palais de justice d’Istanbul, en guise de solidarité avec trois de leurs collègues. En charge de défendre les journalistes incarcérés du journal d’opposition Cumhurriyet, ces derniers sont eux-mêmes l’objet d’une action en justice. Les forces de police dispersent violemment le sit-in des avocats. Parmi eux, Hüseyin Boğatekin: «Nous manifestions pacifiquement, pour défendre d’honnêtes confrères, et nous avons été frappés, certains d’entre nous arrêtés».

Membre de l’İnsan Hakları Derneği (IHD, Association des Droits de l’Homme), et du barreau d’Istanbul, voilà six ans que cet avocat trentenaire a décidé de se consacrer aux seules affaires relevant de son engagement kurde militant, de gauche et autonomiste. 

«Depuis la mise en place de l’État d’urgence, les chiffres sont alarmants», affirme-t-il. Le système carcéral turc, prévu pour 180.000 détenus, en compterait aujourd’hui 224.000. Selon cet avocat, les procédures judiciaires engagées après le coup d’État manqué se chiffrent en centaines de milliers à travers le pays. Bien que de tout le secteur public, la magistrature a été proportionnellement la plus concernée par les purges avec 3.800 juges et magistrats touchés sur 15.800.

«Tous les avocats des droits de l’Homme ont au moins une dizaine de procédures ouvertes à leurs encontre pour tenter de les intimider, explique Hüseyin Boğatekin, plusieurs arrestations ont visé les membres de notre association des Droits de l’Homme

Toujours très droit sur sa chaise, presque raide, il exprime une colère froide: «Personne ne peut rester indifférent à ce qu’il se passe à l’intérieur des prisons, déclare-t-il. Lui-même s’y rend au moins une fois par semaine: «Il y a des cas de torture, les visites des familles sont restreintes, on ne donne pas de livres ou de journaux aux détenus, ils manquent gravement de soins.» Le rythme des transferts de prisonniers d’un établissement à un autre s’accélère.

«C’est une des méthodes pour éloigner les gens de leurs familles, augmenter la pression psychologique et désorganiser les réseaux de solidarité», décrypte Hüseyin Boğatekin.

Car les détenus aussi font de la «résistance». Dans les rangs des organisations kurdes, de gauche ou d’extrême gauche, la grève de la faim dans les prisons constitue une forme de résistance traditionnelle. Pour le pire: en 2001, près de 100 prisonniers –ou femmes de prisonniers– d’extrême gauche n’y avaient pas survécu. Des centaines en avaient gardé des séquelles à vie. 

«Je peux vous dire qu’il n’y a presque pas un centre de détention qui ne soit pas concerné par le mouvement des grèves de la faim, estime Hüseyin Boğatekin, et leur nombre va encore augmenter.»

«À tour de rôle, ou pour certains depuis plus de 50 jours», les détenus refusent de se nourrir, revendiquent de meilleures conditions de vie derrière les barreaux et que soit mis un terme à l’isolement de tous les prisonniers politiques, en particulier celui d’Abdullah Öcalan. De 2009 à 2015, le leader historique du PKK –qui purge une peine de perpétuité depuis près de dix-huit ans sur l’ilôt d’Imrali en mer Marmara–, a été l’interlocuteur du gouvernement turc avant que les affrontements et les attentats ne reprennent au sud-est du pays.

Comme ses camarades de l’IHD, Hüseyin Boğatekin votera non à l’hyperprésidentialisation du régime. Il ne croit pas qu’une victoire de son camp suffise à inverser la vapeur, mais souhaite qu’un obstacle soit dressé en travers de la politique du président Erdoğan.

«Il faut continuer à résister, conclut-il, notre seul et unique espoir réside dans la lutte

Comment la mauvaise situation économique en Turquie peut changer la donne politique

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un meeting le 8 avril à Istanbul. Il milite pour le «oui» («evet») au référendum constitutionnel qui doit se tenir le 16 avril. OZAN KOSE / AFP

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Ariane Bonzon et Timour Öztürk, mis à jour le 11.04.2017 à 9 h 35

Les succès électoraux de l’AKP –le parti du président Erdogan– ont longtemps reposé sur les bons résultats économiques. Or, entre dévaluation de la livre turque, ralentissement de la croissance et augmentation du chômage, la situation se dégrade et pourrait faire perdre des voix au camp du «oui» lors du référendum constitutionnel du 16 avril.

Les électeurs turcs votent, dit-on, avec leur portefeuille. Or l’embellie économique qu’a connue le pays depuis l’arrivée des islamo-conservateurs au pouvoir en 2002 n’est plus au rendez-vous. Et cet enjeu peut peser lors du référendum qui se tiendra le 16 avril en Turquie, pour valider ou non la réforme constitutionnelle défendue par le pouvoir

Pour soutenir la monnaie nationale, le président Recep Tayyip Erdogan a bien lancé un appel à la population: «Que ceux qui ont des devises étrangères sous l’oreiller les convertissent en or, les convertissent en livres turques», avait-il exhorté début décembre. Mais fin mars 2017, la dévaluation restait autour des 25%, confirmant la perte de valeur de la livre turque face au dollar américain. 

L’année 2016 a été très dure pour la Turquie. Au troisième trimestre, marqué par la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, le produit intérieur brut (PIB) s’est même contracté de près de 2%: une première depuis 2009. La croissance turque a cependant terminé sur un chiffre positif de 2,9% pour l’ensemble de l’année 2016.

Le spectre de 2001 

«Attention! les résultats de la croissance turque sont en trompe-l’œil», avertissait l’économiste Deniz Akagül, lors d’un séminaire organisé le 28 mars au Centre de recherche internationales (CERI) de Science-Po à Paris. Ce professeur à l’université de Lille-I rappelle que depuis les années 1950, la croissance moyenne du pays est de 4,8% du PIB par an. Or à partir de 2012, elle n’atteint même plus cette moyenne (2,1% en 2012, 4,2% en 2013, 3% en 2014 et 4% en 2015). L’économie turque connaît donc une période de récession.

Mais le spectre de la dépression est bien là. Le phénomène est connu puisqu’en 20 ans, l’économie turque a déjà connu trois dépressions. Celle de 1999, lorsque le PIB turc a reculé de 3,4% en conséquence du séisme ayant frappé la région d’Istanbul en août. Celle de 2009, due à la crise mondiale. Et enfin la dépression de 2001, seule imputable à des facteurs internes à l’économie turque pendant laquelle le PIB s’est contracté de 5,7%.

Le modèle AKP n’aura duré qu’un temps

 «Jusqu’en 2008 la Turquie avait une belle histoire à vendre aux investisseurs étrangers, explique Deniz Akagül. Or en vérité, ce n’est pas le gouvernement islamo-conservateur mais son prédécesseur, une coalition de centre-droit, qui a adopté, sous l’impulsion de Kemal Derviş, ministre de l’Economie de l’époque, la plupart des réformes économiques.»

 Et les nouveaux venus ont eu l’intelligence de maintenir la rigueur budgétaire dans le sens des recommandations du Fond monétaire international (FMI), en évitant de revenir aux pratiques populistes qui avaient participé aux crises sous les gouvernements de coalition.

Ainsi, l’inflation est maîtrisée et passe sous la barre des 10% dès 2003 après avoir frôlé les 90% en 2001. Grâce aux réformes, à la politique de bon voisinage et à la reconnaissance de la candidature de la Turquie à l’Union européenne (UE) en 1999, puis à l’ouverture des négociations en octobre 2005, on assiste à l’arrivée massive d’investissements étrangers. Entre 2002 et 2007, les investissements directs étrangers (IDE) en Turquie sont multipliés par 20 (de 1 à 20 milliards de dollars). La part relative de la Turquie dans les flux de capitaux internationaux passant de 0,1% des IDE en 2001 à 1% en 2006. 

Entre 2002 et 2007, le PIB turc augmente de 40% en termes réels. Si la répartition des richesses ne s’améliore pas, la croissance et la fin de la sur-inflation réduisent sensiblement le taux de pauvreté du pays (la part de personnes ayant un revenu inférieur à 4,30 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat passe de 30% à 7% entre 2002 et 2007) comme le relève l’économiste Ahmet Insel dans son ouvrage La nouvelle Turquie d’Erdogan. L’AKP renforce ses soutiens dans les classes populaires turques tandis qu’une nouvelle classe moyenne, anatolienne, émerge.

Tourner le dos à l’Europe

La crise mondiale de 2008 «dans un premier temps, plonge l’économie turque en dépression, puis elle constituera une aubaine pour le financement du déficit extérieur turc, grâce aux injections massives de liquidités de la Réserve fédérale américaine [Fed] et de la Banque centrale européenne [BCE], avec des taux d’intérêt historiquement bas», explique Deniz Akagül. 

Cet événement inattendu a permis de masquer la perte d’attractivité de l’économie turque, laquelle est liée à l’arrêt des réformes structurelles causé en partie par l’éloignement de la perspective européenne et la mise en place de la doctrine de la «profondeur stratégique» du ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, –devenu par la suite premier ministre jusqu’en mai 2016.

A partir de 2009 en effet, «Ahmet Davutoglu a eu l’objectif irréaliste de remplacer l’Europe par le Moyen-Orient et les voisins de la Turquie dans les échanges économiques», résume Deniz Akagül. Un pari risqué –et pour l’instant perdu– à cause de la guerre en Syrie, les mauvaises relations avec l’Egypte d’Al-Sissi, et la déstabilisation de l’Irak.

Le mal chronique de l’économie turque

La Turquie a toujours connu un déficit de sa balance des opérations courantes, mais celui-ci s’est fortement accru, passant de 0,6% du PIB turc en moyenne sous les gouvernements de coalition des années 1990 à 5,3% sous la gouvernance de l’AKP. Ce déficit a même atteint en 2011 un niveau record depuis la fondation de la République en 1923: 9,6% du PIB. Deniz Akagül parle d’un «mal chronique de l’économie turque». La croissance turque est tirée par la consommation des ménages, tandis que ses exportations ne peuvent équilibrer la balance commerciale du pays, compte tenu du peu de valeur ajoutée des biens produits en Turquie.

Sans épargne des ménages, l’économie turque a grand besoin de capitaux étrangers pour combler son déficit extérieur, et financer son économie. Désormais l’abondance des liquidités semble toucher à sa fin et la dépréciation récente de la livre ne fait que refléter ce mal chronique de l’économie turque.

Or si la dette publique turque n’était que de 32% de son PIB en 2015 –contre une moyenne de 85% la même année en Europe– la dévaluation pèse en revanche sur les rétributions des investisseurs étrangers garanties par l’Etat. L’économiste turc Mustafa Sonmez expliquait le 29 mars dernier sur le site Al Monitor comment les grands projets symboliques de la gouvernance Erdogan, dont les financeurs étrangers doivent être payés en dollars, sont devenus plus coûteux à cause de la dévaluation. L’auteur cite par exemple le pont Osman Gazi, qui surplombe le golfe d’Izmit, près d’Istanbul, et a été inauguré cet été. Il aurait engendré en 2017 un surcoût pour l’Etat de 1,6 milliard de livres turques en grande partie du fait de la perte de valeur de la monnaie nationale. Les grands travaux, symbole tangible pour son électorat du progrès économique apporté par l’AKP, pourraient devenir à terme un gouffre financier pour l’Etat turc.

Perte de confiance des investisseurs

Le risque actuel c’est le retrait d’une partie des capitaux étrangers, rappelle Deniz Akagül: «En 2015, le besoin de financement de l’économie turque s’élevait à 25% de son PIB; 21% pour le renouvellement des prêts consentis et 4% pour financer le déficit courant.»

Si la croissance n’est plus au rendez-vous et que la livre turque continue à se déprécier, le capital étranger tendra à quitter la Turquie de peur ne pas obtenir un retour sur investissement assez intéressant. D’ailleurs dans ses conseils aux investissements en Turquie, la banque BNP-Paribas cite parmi les principaux points faibles l’«incertitude du taux de change».

Les purges politiques constituent aussi un facteur d’inquiétude pour les investisseurs étrangers. C’est un sujet sur lequel les économistes turcs confient être régulièrement interrogés. Les quelques 130.000 fonctionnaires affectés pourront-ils contester leur licenciement ou leur suspension et récupérer leurs arriérés de salaires à la levée de l’état d’urgence? Comment se déroulera la liquidation des 800 entreprises suspectées d’appartenir à la mouvance güleniste qui ont été confisquées, sans décision de justice, par décret? Et quid des associations, fondations et écoles pesant 3 à 4 milliards de dollars, saisies par le Trésor public. Un patrimoine exproprié estimé au total entre 15 et 20 milliards de dollars.

La situation a poussé l’agence de notation Moody’s à descendre en septembre dernier sa note à long terme de la dette turque en catégorie «spéculative», justifiant parmi d’autres critères, une dégradation de la sécurité de la propriété privée. 

Croissance, emploi, inflation et… bulletin de vote

 Sur le front de l’emploi, «la montée du chômage risque de peser lourd en termes de popularité, suggère Deniz Akagül. Le taux de chômage de 8,1% sous les gouvernements de coalition, est monté à 10% sous la gouvernance AKP. Plus proche de nous, le nombre de chômeurs est passé de 3.057.000 à 3.330.000 entre 2015 et 2016 (3.700.000 en décembre 2016, selon les données corrigées des variations saisonnières)».

Les succès électoraux de l’AKP ont reposé en grande partie sur la situation économique. La dégradation de celle-ci devrait donc faire perdre à Erdogan une grande partie de son aura. Mais ce processus prend un certain temps, et il n’est pas évident que cela agira sur le référendum du 16 avril.

En revanche, la Turquie ne pourra éviter des ajustements économiques dans les années à venir, qu’ils soient assumés et dirigés par le gouvernement, ou imposés par les créanciers internationaux du pays. C’est cette dernière hypothèse qui aura sans doute la faveur du président Erdogan. Ainsi pourra-t-il faire porter aux «puissances de l’étranger» la responsabilité des sacrifices imposés aux Turcs. 

Les vrais mensonges et demi-vérités d’Erdoğan et de ses ministres

Le président Recep Tayyip Erdogan, le 23 mars 2017 à Ankara | ADEM ALTAN / AFP

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Ariane Bonzon et Timour Öztürk, mis à jour le 26.03.2017 à 12 h 34

En dénonçant l’iniquité de l’Europe à l’égard de la Turquie, le président turc nourrit les sentiments nationalistes et anti-occidentaux de sa base électorale à l’approche du référendum du 16 avril. Or la plupart de ces accusations ne résistent pas à la vérification. La preuve par cinq.

1.​​​L’Union européenne ne verse pas l’aide négociée dans le cadre de l’accord sur les réfugiés avec l’Etat turc

«L’UE n’a débloqué que 700 millions d’euros sur les 6 milliards promis à la Turquie» – Ömer Çelik, ministre des affaires européennes, février 2017

FAUX: Cet argument manipule les chiffres.

Le 18 mars 2016, l’Union européenne et la Turquie ont signé un accord sur les réfugiés. L’objectif européen: contrôler et réguler l’arrivée de migrants en provenance de Turquie. En échange de quoi l’Europe s’est engagée à financer l’aide aux réfugiés en Turquie. D’abord, en accélérant le versement de trois milliards d’euros déjà promis, et dans un second temps en débloquant trois milliards supplémentaires à l’épuisement des trois premiers d’ici à 2018.

Selon le dernier chiffrage européen, au 1er mars 2017, 2,2 milliards d’euros avaient été engagés, dont 1,5 par les contrats de quelques 39 projets humanitaires à destination des réfugiés en Turquie. Sur cette somme, 777 millions d’euros ont déjà été déboursés. Ömer Çelik joue donc sur les mots, sachant pertinemment, comme l’accord co-signé par la Turquie le prévoit, que l’aide européenne aux réfugiés est dépensée au fil des projets humanitaires, et non versée d’une traite au gouvernement turc.

2.L’UE n’a pas accordé la libéralisation des visas qu’elle a promise à la Turquie

«La libéralisation des visas est une condition sine qua non» (de l’accord sur les réfugiés signé en mars 2016) – Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des affaires étrangères, mars 2017

FAUX: Pour la libéralisation des visas des citoyens turcs, les accords signés par la Turquie avec l’UE prévoient des conditions. L’Etat turc ne les remplit toujours pas.

Ankara a commencé à négocier une libéralisation des visas pour ses citoyens contre la réadmission de migrants de pays-tiers entre 2007 et 2011. Le 16 décembre 2013, un premier accord est signé. Il stipule qu’un délai de trois ans est envisagé pour la mise en place des réadmissions de ressortissants de pays-tiers sur le territoire turc, et qu’à partir de ce moment, il s’écoulera un maximum de six mois pour que l’UE accepte les courts voyages de citoyens turcs sans visas. Mais à une condition, que la Turquie suive une feuille de route et remplisse certains critères.

Or trois ans plus tard, la nouvelle donne provoquée par la crise des réfugiés entraîne l’accord UE-Turquie du 18 mars 2016, qui conserve le même principe: «la libéralisation du régime des visas sera accélérée […] afin que les obligations en matière de visa pour les citoyens turcs soient levées au plus tard à la fin du mois de juin 2016, pour autant que tous les critères de référence soient respectés».Fin 2016, sept critères n’étaient toujours pas respectés par la Turquie. Les principaux blocages portant sur l’instauration d’un passeport biométrique en Turquie, et l’assouplissement de la loi anti-terroriste turque. L’UE n’est donc pas tenue de libéraliser la circulation des ressortissants turcs.

3.Voilà plus d’un demi-siècle que l’UE ferme la porte à l’adhésion turque

«Cela fait cinquante-trois ans que nous sommes aux portes de l’Europe, L’UE est la seule responsable et coupable» – Recep Tayyip Erdoğan, Président de la république de Turquie, août 2016

FAUXL’Europe n’est pas la seule responsable de si longues négociations  car les problématiques internes à la Turquie ont joué un rôle important dans ces délais. D’ailleurs ce n’est qu’en 2004 que la république de Turquie a été formellement reconnue candidate.

La Turquie a été associée à la Communauté Economique Européenne dès 1963. Ankara demandait cette association depuis l’automne 1959, mais le coup d’État de mai 1960entraîne le gel des discussions avec la CEE durant 2 ans. Puis dans les deux décennies qui suivront, le coup d’État de 1971, l’intervention militaire à Chypre en 1974 et enfin le coup d’Etat de 1980 mettent en panne le rapprochement entre la Turquie et la CEE. Ces coups de freins font que ce n’est qu’en 1987 que la République de Turquie dépose formellement, par la voix de son président, sa candidature à l’adhésion à la CEE. La commission européenne répond deux ans plus tard par un refus de lancer immédiatement les négociations en raison des tensions gréco-turques relatives à Chypre.

Le rapprochement reprend dans les années 1990 sur le plan économique, avec l’entrée en vigueur d’une union douanière au 1er janvier 1996. En décembre 1999, le conseil européen reconnaissant la légitimité de la candidature turque conclut que: «La Turquie est un pays candidat, qui a vocation à rejoindre l’Union».

Enfin, dans le contexte post-11 septembre 2001 et suite aux efforts menés par l’Etat turc, sur la question chypriote notamment, le 3 octobre 2005 le conseil européen de Bruxelles ouvre les négociations d’adhésion avec la Turquie.

4.Depuis que les négociations sont ouvertes, la Turquie est exemplaire, l’UE en revanche bloque tout

«La Turquie a travaillé comme peu d’autres pays pour remplir toutes les conditions d’adhésion à l’UE. [Mais nous ne récoltons] que des menaces, des insultes et un blocage» – Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des affaires étrangères, août 2016

FAUX: La Turquie aurait pu ouvrir certains chapitres à la négociation mais elle ne l’a pas fait, par crainte de perdre de la souveraineté ou/et des prébendes.

En 2004, lorsque le parlement européen donne son accord pour le début des négociations d’adhésion il précise qu’il s’agit d’un processus ouvert dont l’issue ne peut être garantie à l’avance. Depuis 2005, sur 35 chapitres de négociation (un chapitre étant un grand domaine politique dont les normes nationales doivent être adaptées aux standards du corpus législatif européen), 16 ont été ouverts (la dernière ouverture date de juin 2016 et porte sur les dispositions financières et budgétaires), et 1 seul clôturé.

Dès décembre 2006, la Turquie refuse d’ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, huit chapitres sont alors gelés à la négociation par les ministres des affaires étrangères des États membres. Il s’agit de ceux sur la «Libre circulation des biens», les «Droit d’établissement et libre prestation de services», les «Services financiers», l’«Agriculture et développement rural», la «Pêche», la «Politique des transports», l’«Union douanière» et les «Relations extérieures». Ces chapitres n’ont jamais été dégelés. Côté français, le 25 juin 2007, Nicolas Sarkozy bloque l’ouverture de cinq chapitres («politique économique et monétaire» finalement ouvert en 2015, «politique agricole commune», «politique régionale», «dispositions institutionnelles», «dispositions financières»). En signe de bonne volonté avant son voyage en Turquie, François Hollande déloquera le chapitre relatif à la politique régionale en 2013.

Cela dit, trois chapitres de négociations concernant les marchés publics, la politique de la concurrence, la politique sociale et l’emploi, n’ont pas été gelés, et n’ont pourtant pas été suivis d’une ouverture. Le président Erdogan et le gouvernement turc ne l’ont pas souhaité car ils savent qu’adopter ces normes européennes c’est perdre de la souveraineté turque et se priver des moyens de financer leur système clientéliste. C’est aussi coûteux alors que l’issue final n’est pas assurée. 

Puis c’est la question des droits de l’Homme et du respect de l’État de droit qui commence à enrailler un peu plus le processus d’adhésion. La répression contre le mouvement social de juin 2013 entraîne les critiques du commissaire européen à l’élargissement Stefan Füle lors de la conférence turco-européenne qui se tient au même moment à Istanbul.

Le 24 novembre dernier, le parlement européen a demandé le gel du processus d’adhésion turc à l’UE. Il considère que les arrestations de plus de 40 000 personnes, l’incarcération de parlementaires d’opposition et de près de 150 journalistes, ainsi que les menaces derétablissement de la peine de mort depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016, portent atteinte aux « valeurs démocratiques fondamentales de l’Union européenne ». Mais la commission européenne n’a pas suivi le parlement.

Bruxelles continue d’ailleurs à verser à la Turquie l’aide à l’élargissement soit, pour la période 2007 – 2020, plus de 10 milliards d’euros.

5.Des pays de l’Union européenne tolèrent sur leur territoire une organisation classée terroriste : le PKK.

«L’organisation terroriste PKK aussi mène une large campagne particulièrement en Europe» – Binali Yildirim, premier ministre, janvier 2017

VRAI et FAUX:  Tout dépend ce que veut dire le terme de « campagne ». Par le biais d’associations satellites, le PKK (dont le conflit armé avec l’Etat turc a fait plus de 44 000 morts depuis 1984) organise régulièrement des manifestations mais ne commet pas d’attentats en Europe.  

Depuis 1993, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est inscrit sur la liste des organisations que l’UE reconnaît comme terroristes. Le PKK est présent en Europe à travers un réseau d’associations, de centres culturels kurdes en particulier, qui ne se réclament pas officiellement du mouvement. Mais ils revendiquent la libération du chef historique du PKK,  Abdullah Öcalan (emprisonné en Turquie depuis 18 ans) et visent au moins à l’autonomie du Kurdistan de Turquie par l’application de la théorie du «confédéralisme démocratique» d’Öcalan.

L’activité des militants en exil se concentre autour la Kampanya : la levée de fonds pour financer l’organisation. C’est cette collecte, parfois décrite comme un racket, qui est le moins tolérée par les autorités des pays de l’UE, des militants du PKK sont arrêtés en France et à travers l’Europe dès les années 90, et régulièrement jusqu’à ces dernières années. Ils organisent en Europe des manifestations autorisées, où sont souvent brandis des drapeaux interdits du PKK, comme le 19 mars dernier à Francfort, ce qui provoque la colère d’Ankara.

Depuis 2013 dans le nord de la Syrie, les troupes du PKK et du PYD (le Parti de l’Union Démocratique, branche du PKK en Syrie) se battent contre l’OEI en collaboration avec des puissances occidentales. Ce qui est très mal perçu par l’Etat turc qui a vu le PKK se servir de son renforcement en Syrie pour tenter depuis 2015 de répliquer militairement en Turquie. Et plusieurs attentats y ont été revendiqués par Les faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe affecté à ce genre d’opérations sans être officiellement rattaché au PKK. 

L’embryon étatique créé dans le nord syrien par le PKK-PYD permet cependant aux Kurdes syriens d’établir des relations d’ordre diplomatique en Europe, avec l’ouverture d’un bureau à Paris, mais aussi en Suède en Allemagne et aux Pays-Bas. La mouvance kurde autonomiste du PKK s’est aussi liée à des partis politiques européens qui demandent son retrait de la liste des organisations terroristes.

Conséquence des purges en Turquie : il n’y a plus de places dans les prisons

Diffusé dans le journal de 12h30 de France Culture.

« Les prisons de Turquie, un mois après le putsch manqué de la mi-juillet, sont pleines à craquer. En conséquence, 38 000 personnes sont libérées. Mais ces détenus n’ont rien à voir avec la tentative de coup d’état, nous dira Timour Ozturk »

 

Marche contre les violences machistes au Pérou. Interview de Veronika Mendoza.

Diffusé dans le Journal de 9h de France Culture

« Une marée de femmes habillées en rose marche vers le palais de justice de Lima au Pérou. L’image est symbolique. 50 000 manifestants ont protesté hier soir contre les violences faîtes aux femmes, dans cette société connue pour son machisme… »